Chapitre 36:
Une hospitalité
époustouflante!!
En allant travailler en France comme missionnaire
dans un camp d’enfants, j’étais loin de me douter que
j’allais vivre une expérience inoubliable. Selon les plans,
je devais prendre l’avion jusqu’à Paris, et ensuite l’autobus
jusqu’à Grenoble. Une fois rendue là, je devais me
débrouiller toute seule pour me rendre à Champfleuri...
un camp d’enfants où j’allais passer l’été. Je ne connaissais
pas un mot de français.
En arrivant au guichet pour acheter mon billet
d’autobus, je me suis aperçue que l’employé ne parlait
pas l’anglais. Du moins, c’est ce qu’il prétendait. J’ai
donc essayé de parler en espagnol. Plus nous cherchions
à nous comprendre, plus il criait fort. Il ne réalisait pas
que cela ne m’aidait pas à mieux comprendre ce qu’il
essayait de me communiquer !!!
Finalement, il s’est adressé à l’un de ses adjoints
qui m’a fait signe de le suivre. J’ai payé mon billet, monté
à bord de l’autobus en direction de Champfleuri dans
les Alpes françaises, pas tellement loin de la ville de
Grenoble.
À différents endroits le long du trajet, le chauffeur
a laissé descendre des passagers. Lorsque l’autobus
est arrivé au terminus, il ne restait que deux passagers
à bord — moi et une autre jeune fille.
Le chauffeur a coupé le contact du moteur, et
nous a annoncé que nous devions descendre de l’autobus.
Le soleil se couchait, et moi je venais de réaliser
que je ne pouvais pas aller plus loin. J’ai essayé de
communiquer au chauffeur que je devais me rendre à
Champfleuri, mais il ne me comprenait pas et semblait
s’en moquer comme de l’an quarante. Son visage était
rouge, tellement il criait fort. J’ai descendu de l’autobus
ne sachant pas à quoi m’attendre. Je ne savais pas où je
me trouvais... et je n’avais aucun endroit où aller.
J’ai demandé au Seigneur : «Qu’est-ce que je dois
faire maintenant?» Il commençait à faire noir, et la rue
n’était pas éclairée. Dans ce petit village isolé, il n’y
avait pas de cabine téléphonique, pas de taxi, pas d’hôtel
et pas de gîte du passant. La jeune fille qui était descendue
de l’autobus en même temps que moi m’a fait
signe de la suivre. N’ayant pas d’autre plan, je n’ai pas
osé refuser son invitation!
Nous avons marché dans une rue en pavé rond,
passé par une longue ruelle sinueuse et sombre, pour
nous retrouver devant deux immenses portes. Une
fois les portes ouvertes, nous avons continué à marcher
le long d’une autre rue en pavé rond. Puis, nous sommes
arrivées à un immeuble à logements délabré. Elle
a ouvert une grande porte grise en bois, et l’a tout de
suite fermée et verrouillée.
À gauche se trouvait un escalier tournant conduisant
au troisième étage... on l’a monté. Elle s’est
arrêtée devant une vieille porte en bois très abîmée, a
sorti une clé et l’a placée dans la serrure. Elle a ouvert
la porte. Nous sommes entrées, après quoi elle a soigneusement
verrouillé la porte… il y avait trois ou
quatre serrures.
Elle s’est tournée vers moi en disant :
—— Américaine?
Je lui ai dit que oui, et nous avons éclaté de rire.
J’ai pris un calepin, et me suis mise à dessiner. Elle avait
compris que je devais me rendre à Champfleuri. Pour
communiquer ensemble, nous avons dessiné pendant
plusieurs heures, et nous avons ri comme deux fillettes.
Son logement d’une seule pièce était très petit.
En plein milieu se trouvaient une vieille table et deux
vieilles chaises et, sur un mur, une petite armoire à deux
portes et deux poignées blanches. Même s’il n’y avait pas d’eau chaude, il y avait tout de même un évier et un petit poêle. Plus important encore, j’avais reçu un
accueil très chaleureux.
Dans le placard, je voyais deux bols blancs fêlés,
deux petites assiettes blanches, une bouilloire, deux
morceaux de pain blanc et un morceau de fromage. Elle
a fait chauffer l’eau dans la bouilloire pour nous faire
un chocolat chaud qu’elle a versé dans les bols. Nous
avons partagé une tranche de pain français et la moitié
du fromage.
Dans un autre coin de la pièce, caché discrètement
derrière un rideau se trouvait un lit étroit sur lequel
j’ai vu un sac de couchage bleu. Elle a insisté que je
dorme dans le lit. Je lui ai suggéré de prendre au
moins le matelas, mais elle ne voulait rien entendre.
Les draps étaient bruns tellement ils étaient sales. J’ai
discrètement placé mon nouveau duvet jaune entre les
draps, et placé ma tête sur son seul oreiller. Elle a dormi
sur le plancher à côté du lit. Malgré toutes les péripéties
que je venais de vivre... j’ai pu dormir comme un bébé.
Le lendemain matin, après nous être lavées, nous
avons bu un autre chocolat chaud, mangé le dernier
morceau de pain et ce qui restait du fromage. Un peu
plus tard, elle a ouvert la porte et m’a fait signe de la
suivre. Nous avons descendu l’escalier, sorti dehors,
passé la barrière, marché dans la rue à pavé rond pour
arriver à notre point de départ.
Nous avons traversé le chemin non pavé, puis
nous sommes entrées dans une taverne!!! Il était évident
qu’elle a expliqué la situation à ceux qui étaient
assis au bar, parce qu’ils se sont tous mis à rire!
Elle a téléphoné à quelqu’un, m’a dit adieu et est
partie travailler. Je me retrouvais assise là dans cette
taverne entourée d’une clientèle très colorée! Dix minutes
plus tard, j’ai entendu quelqu’un dire :
—— Est-ce que Carole
Silvera est ici?
Quel soulagement!
Le responsable de la mission
venait de trouver cette
missionnaire d’été égarée
en train de siroter un expresso
dans une taverne!!
Je ne savais pas où j’étais, mais je n’avais pas à
m’inquiéter. Le Seigneur, lui, le savait... il est omniscient,
et il a promis :
«Je ne te délaisserai point, et je ne
t’abandonnerai point… » Hébreux 13.5
et
«Voici, je suis avec toi partout où tu iras.»
Genèse 28.15
C’est ce qu’il promet à son enfant... à qui il permet
parfois de vivre des aventures inoubliables.